Ruth Ellen Brosseau Députée Berthier—Maskinongé
  • Porte-parole, Agriculture et agroalimentaire

Si vous êtes comme de nombreux Canadiens, chaque semaine, deux ou trois articles vont directement de votre panier d’épicerie à la poubelle ou au composteur.

Au Canada, on estime qu’environ 31 milliards de dollars de nourriture se sont retrouvés dans les dépotoirs ou les sites de compostage en 2015. Un phénomène qui a d’importants impacts environnementaux, économiques et sociaux.

En ce qui a trait aux conséquences environnementales, l’enfouissement et la perte volontaire de nourriture sont catastrophiques. Brièvement, l’enfouissement crée une pollution supplémentaire en plus de dégager des gaz à effet de serre (CO2). La décomposition des matières organiques crée également du méthane qui est un GES très néfaste en plus de surcharger les centres de compostage et les terrains d’enfouissement. Selon les données du FAO, le gaspillage d’une tonne de nourriture équivaudrait à l’émission inutile de 5,6 tonnes de CO2. Mondialement, le gaspillage alimentaire produit l’équivalent de 3,3 gigatonnes de CO2 ce qui est le 3e plus grand émetteur de gaz à effet de serre de la planète après la Chine et les États-Unis.

Économiquement, les bénéfices de lutter contre le gaspillage alimentaire pour les consommateurs et le secteur privé peuvent être notables. Pour les consommateurs, la réduction du gaspillage alimentaire pourrait leur faire sauver des centaines de dollars par année. En fait, selon certaines études, ils pourraient économiser plus de 700 $ annuellement. Par ailleurs, éviter le gaspillage alimentaire pourrait réduire le coût de la nourriture de 10 % ou plus. Pour ce qui est des entreprises, les pertes encourues par la chaîne d’approvisionnement excèdent les marges combinées des compagnies impliquées. Tous les groupes de la ferme à l’assiette seraient avantagés d’avoir une approche collaborative afin d’éviter les pertes et ainsi ils pourraient augmenter collectivement leur profit et économiser.

Socialement, bien que le gaspillage alimentaire et l’insécurité alimentaire ne soient pas intimement liés, il est tout de même absurde qu’on gaspille autant de nourriture alors qu’au même moment, l’insécurité alimentaire touche des centaines de milliers de personnes partout au pays, voici quelques chiffres :

  • 852 137 Canadiens se tournent vers des banques alimentaires chaque mois;

  • De ce nombre 35,8 % (305 366) sont des enfants;

  • Au total, c’est 1,6 million de foyers qui ne peuvent se nourrir sainement chaque année;

  • Selon les données de 2015, le recours aux banques alimentaires est en augmentation de 26 % comparativement à 2008 et de 1,3 % comparativement à 2014;

  • Plus de 4 millions de personnes ne peuvent se nourrir convenablement chaque jour;

La lutte au gaspillage alimentaire n’est définitivement pas la principale solution au problème d’insécurité alimentaire auquel fait face le Canada, mais en facilitant la récupération des denrées non vendues et les dons par les détaillants, on pourrait assurément aider les plus vulnérables. Plusieurs initiatives à travers le Canada l’ont démontré, notamment une dans ma circonscription. L’organisme Moisson Mauricie-Centre-du-Québec, en collaboration avec les supermarchés, récupère les denrées invendues qui sont placées dans des bacs puis réfrigérées ou congelées en épiceries. Ils font la tournée des supermarchés participants deux fois par semaine et utilisent la nourriture pour aider les plus vulnérables. Tout ça en respectant les exigences des bannières d'alimentation en termes de contrôle de qualité, de traçabilité des aliments et de respect de la chaîne de froid.

Je crois que le gaspillage alimentaire c’est l’affaire de tous! Mais, je crois aussi que le gouvernement fédéral doit être un leader dans le dossier, comme plusieurs autres États l’ont fait. Pour cette raison, j’ai déposé un projet de loi demandant que le gouvernement élabore une stratégie nationale visant à réduire le gaspillage alimentaire au Canada et instaure une journée nationale de sensibilisation à ce fléau.

Ce projet de loi fait suite à la motion M-499 que j’ai déposée à l'hiver 2014 qui se voulait être un signal d’alarme pour les parlementaires, mais également un moyen de sensibilisation afin d’ouvrir le débat et d’encourager les initiatives déjà en place et peut-être d’en permettre de nouvelles. Aujourd’hui, je crois qu’on doit aller encore plus loin, il faut exiger que le gouvernement fasse quelque chose de concret pour lutter contre le fléau qu’est le gaspillage alimentaire.

Voici une vidéo informative produite pour ma motion, les chiffres ne sont pas à jour, mais le fond est toujours pertinent :

Joignez-vous à la campagne en remplissant ma pétition.